Le règlement n°/25/CEMAC/UMAC/CM/COBAC du 19 décembre 2025 introduit un mécanisme centralisé rigoureux de discipline des débiteurs, modifiant fondamentalement le paysage du recouvrement et la gestion des risques clients au sein de la zone CEMAC dans un contexte de hausse des créances douteuses.
Domaines d’expertise : Banque et finance, conformité des entreprises et résolution des litiges

Le 19 décembre 2025, le Comité ministériel de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) a adopté une réglementation opportune visant à freiner les prêts non performants (PNP) dans l’ensemble du système financier de la région.. Règlement N°/25/CEMAC/UMAC/CM/COBAC Le règlement relatif à la mise sur liste noire des clients des entités soumises à la COBAC en cas de non-remboursement de crédit (le « Règlement sur la mise sur liste noire ») établit un régime disciplinaire centralisé et puissant pour les emprunteurs en défaut de paiement.
Cela représente un changement de paradigme dans le système de recouvrement des créances au sein de la zone CEMAC (Cameroun, République centrafricaine, Tchad, République du Congo, Guinée équatoriale et Gabon)..
Allant au-delà des mesures de recouvrement bilatérales traditionnelles, le règlement crée une sanction systémique et transfrontalière ayant des répercussions opérationnelles et juridiques importantes pour les institutions financières réglementées, leurs clients entreprises et les emprunteurs individuels.
1. Le mécanisme central : « Mise à l’index » (liste noire)
Au cœur du règlement se trouve la « mise à l’index » – une sanction administrative sévère prononcée non pas par la banque créancière, mais par le Comité économique et financier national (Comité National Économique et Financier ou « CNEF ») de l’État membre concerné, sous la supervision de la Commission bancaire centrafricaine (COBAC).
Une personne figurant sur une liste noire n’est pas autorisée à :
- Effectuer toute transaction de débit sur tout compte bancaire ou de paiement qu’ils détiennent, signent ou gèrent au sein du système bancaire CEMAC (à quelques rares exceptions près).
- L’ouverture de tout nouveau compte ou le fait d’agir en tant que signataire/représentant autorisé sur un compte.
Cela constitue de fait une exclusion fonctionnelle du secteur bancaire pour toute la durée de la mesure, limitant fortement la capacité d’un particulier ou d’une entreprise à opérer financièrement dans la région.
2. Déclencheurs clés et procédure
- Déclenchement: Un versement de crédit impayé en retard de plus de trois (3) mois.
- Qui peut initier: L’établissement créancier ou la CNEF de sa propre initiative ou à la demande de COBAC.
- Qui est responsable? le client, le garant et l’endosseur de l’emprunteur.
- ProcessusLa CNEF statue dans un délai de deux mois suivant la réception d’un dossier complet. La sanction est ensuite automatiquement communiquée à toutes les entités réglementées, à la COBAC et à la BEAC, garantissant ainsi son application à l’échelle régionale.
- Extension à la gestion: Pour les entreprises défaillantes, la CNEF peut étendre la mise sur liste noire aux cadres supérieurs (administrateur général, gérant, directeur général ou directeur général adjoint de l’entité juridique) jugés responsables du manquement, à la suite d’une procédure de non-objection obligatoire avec COBAC.
3. Implications critiques pour les institutions financières
Pour les banques, les institutions de microfinance et les prestataires de services de paiement, il ne s’agit pas simplement d’un nouvel outil de recouvrement, mais d’une source d’obligations opérationnelles et de conformité rigoureuses :
- Diligence raisonnable renforcée et mises à jour contractuellesLes modèles de vérifications préalables de crédit obligatoires et de contrats de crédit doivent être revus afin d’y intégrer des clauses obligatoires faisant référence au régime de fichage.
- Rigueur procéduraleLes institutions doivent documenter et démontrer que des mesures de recouvrement proportionnées ont été tentées avant de déposer une demande auprès du CNEF.
- Application et surveillance à l’échelle du systèmeDès notification, les établissements doivent bloquer immédiatement les comptes et les transactions des clients figurant sur la liste noire. Ils doivent également examiner les transactions afin d’identifier les bénéficiaires effectifs susceptibles d’être inscrits sur cette liste.
- Obligations de levageLes institutions ont l’obligation positive d’informer rapidement la CNEF dès qu’une dette est régularisée afin de lever la mesure.
- CoûtUne commission, payable par l’établissement requérant à la CNEF, est prélevée pour chaque inscription réussie sur la liste noire.
4. Risques et recours pour les clients (entreprises et particuliers)
Les emprunteurs font face à des conséquences sans précédent :
- Perturbation grave des activitésPour les entreprises, une mise sur liste noire peut instantanément paralyser leurs opérations en bloquant leurs flux de trésorerie.
- Responsabilité personnelleLes administrateurs et les dirigeants s’exposent à une incapacité financière personnelle si la mise sur liste noire de l’entreprise leur est imputée.
- Sanctions pénales: Effectuer sciemment une transaction interdite tout en étant sur liste noire constitue une infraction pénale, passible d’une peine d’emprisonnement (6 mois à 5 ans) et de lourdes amendes.
- Exceptions limitées: Dérogations pour «besoins vitaux« Le paiement des impôts est possible, mais nécessite une demande motivée et l’approbation de COBAC. »
- RecoursIl existe une procédure d’appel à deux niveaux (d’abord auprès du CNEF, puis auprès du COBAC), avec des délais stricts de deux mois.
5. Considérations et recommandations stratégiques
Le règlement, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2026, exige une action immédiate :
Pour les institutions financières :
- Effectuer une analyse des écartsExaminer les contrôles internes, les politiques de crédit et les accords afin de vérifier leur conformité avec la réglementation sur le fichage.
- Mise à jour des systèmes informatiques: S’assurer que les systèmes peuvent s’intégrer aux registres COBAC/CNEF, imposer des blocages automatisés et signaler les bénéficiaires effectifs.
- Personnel de trainLes équipes en contact direct avec la clientèle, chargées de la conformité et du recouvrement doivent être formées aux nouveaux déclencheurs et procédures.
- Élaborer des protocoles internesDéfinir une gouvernance claire pour décider du moment opportun pour lancer une demande de mise sur liste noire.
Pour les emprunteurs entreprises :
- Prioriser le dialogue sur la detteDès les premiers signes de difficultés, il est essentiel d’entamer un dialogue proactif avec les créanciers. Une restructuration ou un rééchelonnement à l’amiable (dans le respect des règles COBAC) permet d’éviter le fichage.
- Renforcer la gouvernanceDocumenter la prise de décision afin d’atténuer le risque de responsabilité personnelle des administrateurs.
- Examiner les plans d’urgenceÉvaluer la résilience opérationnelle en cas de gel potentiel de l’accès aux services bancaires.
Pour toutes les parties :
- Documentation méticuleuseToute communication avec le CNEF et le COBAC doit être faite par écrit et accompagnée d’une preuve de réception.
- Surveiller les réglementations secondairesCOBAC est chargée de publier plusieurs règlements d’application (par exemple, sur les taux de commission, l’accès au registre, les modalités de publication). Il est crucial d’anticiper ces publications.
Le règlement de la CEMAC sur la liste noire est un outil audacieux et énergique pour lutter contre les créances non performantes systémiques. Il amplifie considérablement les enjeux du défaut de paiement, le transformant d’un litige commercial en une sanction administrative publique aux conséquences transfrontalières paralysantes.
Tout en visant à renforcer la stabilité financière, cette mesure crée un nouveau niveau complexe de risques réglementaires. Pour réussir à s’adapter à ce nouvel environnement, il faudra une analyse juridique proactive, des améliorations significatives en matière de conformité et une gestion financière stratégique.
Contactez nos équipes spécialisées en droit bancaire et financier, conformité des entreprises et résolution des litiges pour obtenir une évaluation personnalisée de l’impact des créances non performantes, des stratégies de conformité et une préparation à la défense..
Cette publication est fournie à titre d’information générale seulement et ne constitue pas un avis juridique. Il convient de consulter un professionnel pour obtenir des conseils adaptés à votre situation particulière.


